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mercredi 19 janvier 2011

#308 – Mauvaise herbe

Me voilà attablé au Brazza à compter le nombre de frites qui accompagnent mon tartare. Sur le chemin, j'ai compté les voitures croisées, me suis demandé combien de livres composaient la vitrine de l'Amandier la librairie putéolienne, le tout en chronométrant mon trajet depuis mon bureau. Il ne manquerait plus qu'à mon retour de déjeuner je m'accroupisse sur la pelouse devant ma société pour en dénombrer les brins d'herbe, alors je saurais que je suis devenu fou, irrécupérable, perdu.


Il faut que cela cesse !


Cette deuxième saison s'achève. Les 807 brins de mauvaise herbe repousseront sûrement. Merci à tous, et demain monsieur Chevillard continuera de compter sur ce blog alors que ses nouveaux livres viendront garnir les étals des librairies.

mardi 11 janvier 2011

#300 – Triple J

il y a Jean Prod'hom
Jean-Rémy et le patron du café
il y a ce qu'on écrit dans les marges
il y a les dimanches aussi
comme à la veille d'une conquête
il y a souvent la neige
il y a cette poésie rurale
le merveilleux
il y a les chutes et les autres lieux
et il y a les 807


Joël Hamm comme miroir de notre âme.


Tant qu'il y aura Joachim Séné, tant qu'il y aura Cornaline, tant qu'il y aura la musique de l'oncle, tant qu'il y aura la crise et ses ratures, tant qu'il y aura un journal éclaté avec des fragments de textes, tant qu'il y aura des extraits, tant qu'il y aura de la poésie urbaine et des machines pour la lire, tant qu'il y aura des convois pour emmener les mots, tant qu'il y aura un réseau à explorer, tant qu'il y aura les 807.

samedi 25 décembre 2010

#289 – Joyeux Noël

Que faites-vous sur ce blog alors que vous avez encore 807 cadeaux à ouvrir ?


Je suspends la publication jusqu'à l'année prochaine, vous m'avez l'air bien occupé, et cela me donnera le temps de réfléchir si ce blog continue après le 19 janvier 2011.


Enfin, je vous souhaite un joyeux Noël et mes meilleurs vœux – qu'ils soient avouables ou pas – pour la nouvelle année.

mardi 7 décembre 2010

#271 – Triptyque en forme de pomme

Refermons le dossier Erik Satie, voulez-vous ?


On peut louer ou pas le génie du compositeur : les mélomanes l'adorent alors que les professionels l'ignorent ; on peut aussi parler de sa folie : tout le monde s'accorde sur ce point, il n'était pas net le bougre, voyez les titres de ses œuvres, les annotations sur ses partitions, etc. ; et cette douce folie s'accompagnait de son inclinaison à toujours trop en faire. Prenons sa composition Vexations. Il indique que ce morceau doit être joué 840 fois. Alors que 807 auraient amplement suffi.


Sa ville natale, pas rancunière pour un sou, a créé un musée en l'honneur de l'enfant du pays alors que ce dernier a baptisé une œuvre Trois morceaux en forme de poire. Que je sache, le Calvados est le pays de la pomme !

vendredi 3 décembre 2010

#267 – Gnossienne n°807

Cette partition de Satie, je la tiens de ma grand-mère Marthe, qui elle-même l'a trouvée dans la paperasse de sa grand-tante Gilberte à sa mort. Tu sais mon garçon, me raconta un jour Mamie, Tatie a connu le musicien après sa séparation avec « sa Biqui » que Tatie appelait plus volontiers « la Valadon » ou « la pute ». Satie vivait dans une misère qui avait ému Tatie. Elle lui lavait son linge et lui préparait des repas afin qu'il ne dépérisse pas. Elle n'a jamais voulu nous dire si sa relation avec lui s'arrêtait aux tâches ménagères, on ne parlait pas de ces choses-là. Quoi qu'il en soit, il lui a écrit ce morceau pour la remercier. Mamie m'a confié la partition, une Gnossienne, car je suis le seul musicien de la famille. Jusqu'à aujourd'hui, elle est restée inédite.


On peut regretter que Satie n'ait pas retravaillé cette Gnossienne pour lui donner le même éclat qu'aux autres. D'après la date reportée sur le document, elle a été composée en juin 1893. Elle aurait pu être la 4e Gnossienne. D'autant qu'elle reprend les sonorités du triptyque, ses thèmes, ses accords. Autre point, elle commence avec un si bémol, suite logique après les fa, sol et la des précédentes pièces. Enfin, on retrouve l'accompagnement caractéristique des trois premières Gnossiennes (ronde, blanche, noire), avant l'introduction de la croche dans la 4e Gnossienne officielle. Elle ne sera cependant pas la 4e, les spécialistes dénombrant déjà 6, voire 7 Gnossiennes si on compte la pièce extraite du Fils des Étoiles. Alors, celle-ci serait-elle la 8e, ou la 7e ?


Pour moi, pour toi lecteur, pour toi auditeur, elle sera la Gnossienne n° 807.

lundi 29 novembre 2010

samedi 20 novembre 2010

#254 – Trois

– Je te préviens mon bonhomme : je compte jusqu'à trois, et si tu ne t'excuses pas, tu as une fessée. Un. Deux...
– Papa, pourquoi tu comptes pas jusqu'à 807 ?
– ...
– Bah oui, quoi, t'arrêtes pas de nous parler de ton blog.
– Allez, file !


Jamais deux sans trois, dit-on. Je le conçois pour un triptyque, par définition. De même pour un haïku. Mais qu'en sera-t-il pour les saisons des 807 ?


l'automne du gros célibataire
les feuilles qui tombent
et trois rateaux par jour

lundi 25 octobre 2010

#228 – Et demain la bombe

et pendant que tu blablatais sur le clinamen la procastination ou la sérendipité, pendant que tu baisais ta femme ou faisait l'amour à ta maîtresse ou inversement, pendant que tu disais à ton fils de ne jamais mentir de ne pas dire de gros mots, lui, il connectait 807 fils, les soudait en suivant scrupuleusement un schéma technique ; pendant que ta mère t'apprenait qu'elle avait un cancer ou que ton père ne se souvenait plus de ton nom, pendant que tu trinquais avec ton pire ennemi en souhaitant longue vie à votre pacte, lui, réglait l'heure, enregistrait, enfermé dans sa cave ; pendant que tu riais avec ton meilleur ami comme vous le faisiez vingt ans plus tôt, deux crétins volontaires, pendant que ta compagne t'adressait un sourire en caressant son ventre, lui, dépouillait une saison en enfer, page à page, ajoutait en soustrayant ; pendant que tu murmurais comme une plainte seul face à la mer avec une guitare désaccordée une chanson de Nick Drake, pendant que ton premier enfant poussait son cri inaugural, pendant que le libraire disposait ton premier livre sur les étals, lui, terminait sa bombe, enrubannée de bleu


ne voyez-vous pas l'ombre approcher ? allons chercher nos casques, rendez-vous dans l'abri avec quelques bières pour tromper l'attente ; le kamikaze ne renoncera pas


demain, même heure, la bombe

jeudi 7 octobre 2010

#210 – Soleil

Les Anglais ne manquent pas d'humour : appeler un jour Sunday alors que leur peau ne supporte pas le soleil...


– Si on voulait noter le soleil chaque matin, quelle échelle on utiliserait ?
– J'en sais rien, moi !
– Allez, je me lance : il vaudrait zéro s'il n'arrive pas à te faire sortir du lit, cinq s'il donne un arc-en-ciel, dix s'il sèche tes larmes, trente s'il te réchauffe le coeur...
– Et huit cent sept s'il crame sur place cette pétasse qui tourne autour de mon mec.


La radio diffusait Sea, Sex and Sun.
Le gros célibataire regarda par la fenêtre : montagne et pluie.
Il prit le poste et le jeta contre le mur.

samedi 25 septembre 2010

#198 – Je panse donc je suis

il en a bu des verres
pour soigner ses bleus
le gros célibataire


On retrouva le cadavre du clochard, parmi 807 autres. De bouteilles, ceux-là.


L'auberge est bondée, on fuit la chaleur à l'intérieur de ses murs, et on boit.
– Il faudrait que je pense à panser mes blessures...
L'homme qui prononce cette phrase porte une moustache, il a les yeux clairs, ce qui plaît aux femmes de ce pays, il tient à peine debout, il lève son verre et s'écroule.
– Quand il commence à se prendre pour un poète et à parler en alexandrins, c'est qu'il est fin rond, le bonhomme !
– Tu m'étonnes, et puis, bourré ou à jeun, ce poivrot n'arrivera jamais à la cheville de Verlaine...
Et l'aubergiste de porter le soûlard dans sa chambre. Rien que du normal, à Aden, en ce mois de mai 1882.

jeudi 16 septembre 2010

#189 – Chevillardises

Il m'en a fallu des efforts, culinaires d'abord (bière, soda, frites, sucreries, etc.), relationnels ensuite (divorce) pour devenir un personnage de fiction, mais c'est un succès total : le gros célibataire, c'est moi !


Éric Chevillard publie ses romans chez Minuit et ses triptyques autofictifs vers minuit. En va-t-il de même pour sa progéniture ? Sont-elles nées à l'heure où meurt la veille et naît aujourd'hui – ou meurt aujourd'hui et naît demain, c'est selon ? Je l'imagine sans peine demander à sa compagne de ralentir ou d'accélérer le travail d'accouchement dans un souci de cohérence, tout à son honneur. Et les indélicats avortons (mâles ou femelles) nés à 8h07 de refroidir dans le congélateur.


La littérature française est en deuil. Le 12 septembre 2010, alors qu'il se promenait en famille dans les rues de la capitale, l'écrivain Éric Chevillard fut terrassé par une attaque en voyant passer devant lui des milliers (22 006 exactement) de joggueuses en caleçon plus ou moins court. Il venait de croiser le parcours de la Parisienne. Comme il l'annonça le lendemain de sa mort sur son blog, L'Autofictif continue d'égrener chaque jour ses triptyques.

mercredi 8 septembre 2010

#181 – Bûcher vivant

Je suis morte dans une prison iraquienne. Mes geôliers m’ont forcée à me mettre à quatre pattes. Puis ils m’ont violée, les uns après les autres, presque méthodiquement. Je criais de douleur, et eux hurlaient traînée, sale chienne, tu as ce que tu mérites. Je ne sais plus combien ils étaient, mais cela me paraissait interminable, alors, pour m’isoler, j’ai commencé à compter les secondes.


Ils sont tous passés mais n’en avaient pas fini avec moi. Ils se sont mis à me frapper avec une barre en fer. Je me suis recroquevillée pour me protéger, le sang coulait sur mon corps, douleur insupportable, je continuais à compter, et ils continuaient à frapper, alternant barre et coups de pied. Mon arcade sourcilière a explosé, je ne voyais plus rien.


Le son d’une porte qui claque puis un liquide chaud. Je pensais qu’ils s’étaient mis à uriner sur moi. L’odeur étouffante de l’essence suivie d’un claquement sec a précédé la douleur atroce et démoniaque. J’étais en train de cramer vivante, j’en étais à ma 807e seconde !

dimanche 11 juillet 2010

#173 – Pause

Ma princesse, faisons une pause, veux-tu ? C'est trop d'amour, vois-tu. Trop de sexe aussi, comprends-tu ? Tu m'étouffes. Tu ne penses qu'à toi. Tu te moques bien de ce que je peux ressentir. Tu veux gérer ma vie à ma place. Tu décides même de la marque de ma mousse à raser. Tu...


Elle n'a pas attendu 807 tu avant d'enfoncer le couteau dans le cœur de son amant en lui murmurant je te tue.


Sans couteau et sans larmes, les 807 commencent leur pause estivale.

jeudi 1 juillet 2010

#163 – Arc-en-ciel

Elle m'envoie un arc-en-ciel à chaque fois qu'elle est heureuse. C'est dire comme je bénis les jours de pluie.


Elle vit quelque part au-delà de l'arc-en-ciel. J'aimerais parcourir les kilomètres qui nous séparent, je me rêve oiseau – oie, cigogne – alors que je ne suis qu'un petit moineau.


À partir du 18 août 2010, et ce pendant 807 jours, il se vendra quotidiennement 807 exemplaires de CosmoZ. Et c'est autant de fois que Claro croira entendre la voix de Judy Garland lui fredonner que somouère oveur voeu rêne beau...

vendredi 18 juin 2010

#149 – Messages personnels

Aujourd'hui comme chaque jour, je pense à lui.


807 fois vous dire
Joyeux anniversaire
Éric Chevillard


Je te chante I'll be your mirror, et toi, pour rire, tu me tends un miroir ; j'y lis mon âge sur mon visage, et la chanson d'amour se transforme en longue plainte...

mercredi 9 juin 2010

#140 – Amour bis

Combien de fois devrais-je lui faire l'amour avant de comprendre que je t'aime ?


ce tourbillon
807 papillons
dans mon estomac


Sa vie avait été une autoroute, les panneaux avaient annoncé les dangers – l'alcool, la vitesse, les ralentissements, la ceinture non attachée –, il avait toujours su les éviter et, alors qu'il entrait dans un embouteillage, il se demanda si le moment n'était pas venu d'emprunter l'itinéraire bis.

vendredi 7 mai 2010

#107 – Triptyque bloguesque

Aujourd'hui, pour les vases communicants, 807 blogueurs jouent au coucou. Hum, qui se retrouve seul comme un con ?


On dit que les blogs c'est has been. Tout comme Facebook. On dit que Twitter fait la loi. Alors, que faites-vous ici ?


– C'est pas mal ce blog des 807, sauf que ça vaut pas le livre.
– Tu parles, leur livre, c'est même pas un livre numérique.
– ...
– Tu vois, moi je pense qu'ils auraient dû épargner les arbres, et faire que du numérique. Genre, un livre numérique, disponible gratuitement à la lecture.
– Ah ! pas con... Et puis, genre, ils auraient publié une page par jour, non ?
– Ouais, un blog quoi.
– ...
– ...

mercredi 28 avril 2010

#98 – Pagaille monstre

J'ai perdu le fil d'Ariane pour me retrouver en Mai ; je n'ai pas perdu la tête : je lis Pagaille monstre.


Je passe d'un numéro à l'autre, du 8 au 123, du 119 au 43, du 73 au 82, du 82 au 178 (drôle de passage), du 35 au 156, mais jamais je n'arriverai au 807.


Je suis mort plus d'une fois, dans les bras d'un vampire, dans une ambulance vers l'au-delà. Jérôme Attal m'a donné plusieurs vies. J'irai donc le remercier le samedi 8 mai 2010, à la librairie l'Amandier à Puteaux.

lundi 19 avril 2010

#90 – Sur la route

Je range mon exemplaire de Sur la route dans la boîte à gants de ma voiture. Il y sera mieux que dans ma bibliothèque.


Olivier est routier, vit à Tourcoing, ne lit pas de livres et n'a jamais utilisé un ordinateur de sa vie. Bien entendu, il ignore qu'aujourd'hui il se retrouve sur ce blog uniquement parce que la semaine dernière il a effectué avec son 38 tonnes le trajet Berd'huis, Sens, Sète.


C'est avec une extrême indifférence qu'Olivier et moi, nous nous croisons sur l'A5 alors qu'il revient de Sète et que je me rends à Saint-Claude avec Jack Kerouac.

lundi 12 avril 2010

#83 – Chinoiseries

Le touriste occidental s'étonne de ces béances observées dans les bâtiments hongkongais. Puis il rit quand on lui explique que la raison n'est pas esthétique, ni une contrainte administrative, mais pour permettre au dragon des collines d'aller se désaltérer dans la mer. « Ah les cons ! Ils sont vraiment trop cons ces Chinois ! » l'entend-on hurler, alors que l'ombre d'un dragon se dessine derrière lui.


Si j'écris ici Tintin au Tibet ou Le Lotus Bleu, Moulinsart saisira-t-il ma maison ?


On apprend le décès d'un rentier de la bande dessinée, mortellement blessé par un dragon à Hong Kong. C'est la 807e victime de ce type cette année.