Affichage des articles dont le libellé est Tatieva. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tatieva. Afficher tous les articles

samedi 1 mai 2010

#101 – Joli mois de mai

La révolution faisait rage. La rue, longue et large, offrait 807 pavés à qui voulait bien s'en saisir. Et ils étaient nombreux, les contestataires en ce mois de mai !


Les barricades montaient la garde, les CRS aussi. De l'autre côté de la rue, les étudiants et les ouvriers en rébellion attrapaient les pavés, les jetaient avec violence sur les coques en plastique de la Police Nationale. Mai 68 enflammait la rue et les esprits. La colère grondait. Les grèves gelaient le pays, les discussions passionnées prenaient le pas sur le quotidien, devenu fébrile. Chacun voulait prendre la parole, exprimer ses frustrations, ses envies, ses désirs, faire bouger le monde, même son petit monde, dans le jeu et le je. Sans interdits, sens interdit. Chacun voulait exister, à sa façon.


Dans les cris et les slogans qui fusaient, je ramassais un pavé au sol, dévoilant la plage. La vie était ailleurs...

lundi 22 mars 2010

#62 – La faute à...

Son écriture ronde et maladroite couvrait le papier à lignes de son cahier. Il en était bien à 807 pages. À vrai dire, il n'avait pas compté. Il écrivait simplement. Sans se poser de questions. Après tout, c'était le jeu, il l'avait bien cherché. Il leva le nez.


Elle se tourna vers lui, l'œil sévère et il replongea dans son écriture, concentré sur les pleins et les déliés. Évidemment, il soupira. Une 808e fois quand il passa à la feuille suivante. Les autres étaient partis depuis bien longtemps. Le soleil déclinait et il était là, rivé à son bureau, à recopier des mots qui lui semblaient sans suite à force d'être répétés.


Sur le chemin de la maison, un petit garçon pleurait, les genoux écorchés. La faute à Voltaire. Sale garnement qui lui avait une fois de plus lié ensemble ses lacets. Une gamelle s'en était suivie. La punition n'avait pas tardé. Et Voltaire passa à la 809e feuille, dans un soupir fataliste.

samedi 13 mars 2010

#53 – P'tit con bière

Les verres étaient sagement alignés devant moi, sur le comptoir, les uns à côté des autres. Le garçon de café me regardait d'un œil noir, le torchon sur l'épaule. Il avait hâte de fermer le bistrot et de rentrer chez lui, je percevais son impatience. Avec un soupir résigné, il posa un énième verre devant moi.


J'ai compté 807 picons bière puis je me suis arrêtée. Ma soif était infinie, ma tristesse aussi. Cela faisait déjà 3 jours que je m'étais accoudée au comptoir, le regard de plus en plus flou, le cœur de plus en plus étreint. Il était parti, un soir glacial d'hiver, me laissant seule avec ma peine. Je pensais trouver réconfort dans cet alcool qui réchauffe mais c'était... peine perdue. Ma peine, je ne l'avais pas perdue, elle. Toujours là, jusqu'à l'os. Devais-je aller au-delà ? Persévérer et boire encore et encore ? 807 bières, était-ce bien suffisant pour tenter d'apaiser ce chagrin qui m'abîmait ? La 808, la 809 m'apporteraient-elles le salut ?
Lasse, fatiguée, l'esprit embrumé, je décidais de rentrer chez moi, sitôt cette 807e bière avalée... et cette dernière larme ravalée.


Le garçon de café pouvait rentrer chez lui.