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vendredi 17 décembre 2010

#281 – It’s Christmas time

Les boules, les boules, les boules. Et sur la grande place, le sapin gigantesque, presque aussi haut qu’un building ‘ricain de 807 étages.


Les employés municipaux qui piétinent dans des flaques de neige grise en soufflant de la fumée blanche. La grue en panne et le maire qui gueule « mais qu’est-ce que c’est que ce bordel !? ».


La magie de Noël qui reste coincée sous les ongles comme de la poussière qu’on gratte au fond d’une poche.

jeudi 3 juin 2010

#134 – Dix-huit mois à tuer avant moi

Je suis allé retirer un formulaire de demande de suicide. Je l’ai complété avec application, au stylo noir, en appuyant bien fort pour que tous les exemplaires soient parfaitement lisibles.


État civil. Situation familiale et professionnelle. Cinq lignes maximum pour expliquer les motifs de ma décision. Une date de fin de vie envisagée. Et une signature. J’ai refusé de cocher la petite case tout en bas. Celle qui « m’engage à ne pas commettre mon suicide dans un lieu public ni en usant d’un procédé susceptible de heurter la sensibilité des plus jeunes ».


L’employée tatillonne à laquelle j’ai remis mon dossier a insisté un peu. Elle aurait préféré que je coche la case. J’ai campé sur mes positions. Dans ce cas, votre dossier va devoir passer en commission, elle m’a dit. Puis elle a précisé : nous avons actuellement huit cent sept dossiers en liste d’attente. Et avec la grève qui se prépare, le délai est de dix-huit mois minimum. Vous tiendrez le coup jusque là ?

mardi 11 mai 2010

#111 – Bancal

Tout le monde pleure.
Mais moi, je peux pas. Pas tout de suite.
Parce qu’il y a ce souvenir que me déborde le cœur en presque sourire. Malgré tout. Malgré toi dans cette boîte et l’hiver qui veut pas que printemps enfile sa robe à fleurs. Il y a une fourmilière pleine de vie, juste là, à côté du grand trou dans lequel tu vas dormir toujours. Il y a ma mémoire qui crache comme une fontaine.


C’était il y a tellement longtemps. On avait quoi, dix ans, pas plus. C’était l’été. Dans le grand pré derrière chez tes parents. On jouait à la guerre en douceur. En se balançant des épis de blé et des gros mots. Puis tu m’as appelé.
Viens voir ! T’avais trouvé une bestiole.
C’est un mille pattes, j’ai dit. Et toi t’as ricané.
Je sais pas pourquoi on les appelle comme ça, tu as fait, vu qu’ils n’ont que 807 pattes. T’avais ton air du gars qui sait tout et ça m’a énervé.
N’importe quoi, j’ai rétorqué. Et puis d’abord, s’il avait un nombre de pattes impair, il serait bancal.
T’as qu’à compter, tu m’as répondu. Et tu m’as envoyé l’insecte à la figure.
J’ai hurlé, comme une mauviette. Tu t’es moqué. Je me suis jeté sur toi et on a commencé à se castagner pour de bon. Et puis d’un coup, tu m’as embrassé. Un peu vite. Un peu violemment. Sur la bouche. Ça ressemblait presque à un coup fatal. J’avais perdu la bataille. Et l’instant d’après, on reprenait nos jeux débiles à dégoupiller les épis.


On n’a jamais parlé de ça, toi et moi. Je savais même pas qu’il était rangé dans mes souvenirs, ce baiser bancal comme un huit-cent-sept pattes...