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jeudi 23 décembre 2010

#287 – Affections

J’avais mal, mais ça m’occupait. Et je n’étais pas fâchée d’avoir à me battre contre moi-même, de m’intéresser un peu à moi. C’est l’avantage des affections, elles charpentent la personne. En même temps, c’est trompeur, il y a le moment où ça se calme.


Il souhaita mourir au moins 807 fois dans la nuit, pour punir sa maîtresse de lui avoir posé un affreux lapin. Or, déjà il se sentait mieux. Il se rendormit avec le regret de n’être pas assez malade pour mériter son attention.


Il avait mis sa maladie au centre de son existence. Ce fallacieux prétexte lui permettait d’entretenir sa paresse et de tromper ceux de son entourage. Mais qui trompait-il ? Personne n’était dupe et surtout pas lui.

vendredi 10 décembre 2010

#274 – Haine

Parce qu’il n’en connaissait pas d’autre, il jugeait que la haine était le meilleur carburant pour démarrer au réveil, l’essence sans laquelle il n’aurait pu se mouvoir. Il aurait voulu passer en revue le monde entier s’il n’avait été limité par l’espace du temps d’un jour.


J’avais du mal à voir une millionnaire atrabilaire sous les 807 traits angéliques de cette petite grand-mère, cintrée dans son tailleur sans âge.


Elle n’aimait pas accabler son mari : elle sentait bien qu’elle avait sa part de responsabilité dans son échec, ce qui ne l’empêchait pas par moments d’avoir des bouffées de haine à son égard, secrètement bien sûr. Et, souvent la nuit elle se réveillait avec ce corps étranger à côté d’elle, elle le haïssait alors jusqu’au matin.

mardi 16 novembre 2010

#250 – De l'autorité

Le moustachu en képi a tourné au moins huit cent sept fois autour de la voiture. On aurait dit un chien qui se prépare à pisser sur une roue et prend son temps pour choisir la meilleure. Il nous a reluqués pendant un bon moment et comme on se tenait à carreau, il a fini par abandonner. Il est reparti avec ses collègues, mais dans ses yeux, on voyait bien qu’il était déçu.


La vie est une prison. Pour s’en échapper il faut passer l’arme à gauche.


Après sa garde à vue qui avait duré pas moins de 807 minutes, elle apparut, le visage marbré, les yeux gonflés, les lèvres démaquillées et les cheveux ébouriffés.
– Alors, tu fais moins la maligne maintenant ! fit l’inspecteur, goguenard tout en mâchonnant le mégot éteint d’un cigare.
Il l’a trouva même moins blonde que la veille. C’est vrai qu’elle n’en menait pas large derrière son rimmel dégoulinant. Redescendant de ses hauteurs, l’orgueil humilié et des larmes dans la voix, elle entreprit de cracher le morceau.

vendredi 5 novembre 2010

#239 – Superstition et peur

– Quelqu’un vous veut du mal ! Je vois un homme jeune qui...
– Improbable ! trancha-t-elle en se levant.
L’attitude moqueuse de sa cliente avait vexé la tireuse de cartes. Et c’est pour se venger sans doute, et alors que l’autre s’apprêtait à passer le seuil de sa porte, qu’elle ajouta :
– Méfiez-vous !


Pour elle, tout était présage : un volet qui bat, un mouchoir qui tombe. Et tout ce qui était trouble la troublait. Le bruit du vent dans les branches d’un arbre, le regard d’un chien, l’aspect fantomatique d’un objet du quotidien, l’entraînaient dans huit cent sept territoires inconnus où sa raison n’avait aucune prise, impuissante qu’elle était à la maîtriser.


Je connais ses habitudes et m’y soumets avec bonne humeur. Je sais que ses 807 marottes les plus récriminatrices, comme le pli particulier qu’elle donne à une serviette, la disposition arithmétique des objets sur la table... masquent une peur lointaine d’enfance.

mercredi 27 octobre 2010

#230 – Pitié

Les années avaient tissé entre eux une redoutable intimité. Elle aurait bien voulu le quitter mais elle ne voulait pas faire le malheur d’un homme dont elle avait pitié. Elle avait horreur d’avoir pitié de lui, mais cette pitié, pourtant, lui en imposait 807 fois. Elle voulait aimer son amant sans faire de mal à son mari.


Il y eut une époque où les gens comme vous me faisaient peur. Il y en eu une autre où je leur rendais coup sur coup. Maintenant j’en aurais plutôt pitié.


« Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage. » Au moins 807 fois plus.

samedi 18 septembre 2010

#191 – Soupçons

Ils contrôlaient leur moindre geste, leur moindre parole pour ne pas se trahir, mais ceci ne pouvait durer.


Je discernai dans les regards que François-Xavier adressait à ma femme, le 807e indice d’une admiration qui n’était pas de mon goût. Et comme je les soupçonnais de partager un secret, je cherchai et trouvai dès le début du dîner un moyen qui les empêcherait de se concerter.


Les marques de sympathie de ce type à mon égard sont feintes. Je le sens au plus profond de moi.

samedi 10 juillet 2010

#172 – Tromperies réciproques

Quand l’un employait son énergie au bien-être de la famille, l’autre rêvait d’aventures de nuits lointaines, de départs pour 807 royaumes fabuleux... Et pourtant, ils continuaient à vivre dans ce no man’s land mutique et asexué où ils élevaient leurs enfants, regardaient la TV, partaient en vacances et achetaient des automobiles familiales à crédit.


C’était leur souci constant de ne pas se causer de soucis l’un à l’autre. Soit qu’ils s’inclinaient devant la médiocrité de leur existence, soit par paresse ou les deux à la fois.


Elle se surprenait à soulever le couvercle de la poubelle de la cuisine pour compter les canettes vides, tandis que, de la salle de séjour, il tendait l’oreille pour l’entendre procéder à cette inspection.

samedi 3 juillet 2010

#165 – Mépris

Leur caractère superficiel et leur insensibilité lui répugnaient tant qu’il avait envie de se cacher dans un trou quand il les voyait arriver de loin.


Pourtant, aucune n’accordait la moindre importance à l’homme en vareuse qui binait les herbes folles ou portait des cageots. Pour peu, ces femmes élégantes se seraient dénudées 807 fois devant lui, surprises qu’une telle créature puisse avoir des yeux pour voir et des oreilles pour écouter.


Il savait ce qu’on pensait de lui et ça lui était égal. Il avait connu huit cent sept malheurs et s’était noyé dedans.

dimanche 20 juin 2010

#152 – Ambiguïté

– Je ne mentais pas. J’embellissais... nuance !
– Oui, certainement ! fit M. Paul, qui pensait le contraire, habitué à sa double nature.


Et pour que son mari ne soit pas veuf, elle en vint à souhaiter sa mort au moins huit cent sept fois par jour. Elle l’aimait tant qu’elle ne voulait pas qu’il souffrît de sa disparition.


Je suis quelqu’un de sombre qui s’exprime dans la gaieté. Résigné et enthousiaste à la fois.

jeudi 10 juin 2010

#141 – Le grand carnaval

Dans son homélie, l’abbé employait à merveille cette langue des diplomates, des mots qui n’engageaient personne. Il parlait la langue de bois à la perfection. Et « les 807 culs bénits » chantaient des cantiques d’un autre âge.


Le nez du prélat sur lequel se reflétait la lumière blafarde de la lampe à pétrole, trahissait son penchant pour « la grappa » ; tandis qu’un grand Christ sur sa croix, flanqué d’une vierge à l’enfant, le regardait, inconsolable.


Le curé prononça un long discours où furent vantés les mérites du défunt. J’écoutais d’une oreille distraite, mais je ne reconnaissais pas le patron de « Chez Léon » dans ces propos, hormis que son restaurant était très bien tenu.

mardi 1 juin 2010

#132 – Métamorphose

La méchanceté lui avait conservé toute l’alacrité de son intelligence, et elle se vengeait de sa décrépitude sur ceux qui la servaient, déversant sa bile amère, éructant et frappant du poing, les yeux soudain exorbités. Et tous, courbaient l’échine, lançant des regards éperdus pour que l’on vienne à leur secours.


Agathe regardait sa mère dont la vieillesse, telle une inondation, s’était répandue d’un seul coup.


La violence de ses sentiments altérait son visage. Tout à coup, elle avouait son âge. Mais ce vieillissement subit, loin d’apitoyer Lucien, augmentait encore les huit cent sept bonnes raisons qu’il avait de la détester.

jeudi 20 mai 2010

#120 – Illusions perdues

Attaquée par le réel sur tous les fronts, refoulée de toute part, se heurtant partout à ses limites, elle prit l’habitude de se réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les 807 personnages qu’elle avait inventés, une vie pleine de sens, de justice et de compassion.


J’avais omis de savourer l’heure qui passait, pour me consacrer à une œuvre de 807 pages qui passerait bientôt elle aussi. Ma prétendue réussite n’était qu’un affreux gâchis. Je n’avais donc été bon qu’à avoir vécu, pas à vivre.


Lui-même n’avait aimé que la littérature. Il avait oublié d’exister pour écrire, ou plutôt, il n’avait écrit que pour se prouver qu’il existait. Parfois, la tête renversée sur ses dossiers, les paupières à demi-closes, il se donnait l’illusion de son intronisation dans le Panthéon des écrivains les plus illustres.

dimanche 9 mai 2010

#109 – Apparences

Il vivait donc aujourd’hui dans un univers stérile, basé sur l’effort et la compétition, l’ambition et la hargne, le mensonge et l’hypocrisie, ne se contentant jamais d’être, tout simplement.


Au bureau, tout le monde arrivait en avance comme l’attestaient les 807 mégots qui encombraient déjà les cendriers, et tous avaient déjà revêtu leur masque de comédie.


Je ne cessais de les épier, entêtée par mes soupçons, car il me semblait absurde qu’ils fussent réellement ce qu’ils semblaient être. Ils se surveillaient, telle était mon hypothèse. Chacun, pour excuser le sordide de sa propre situation devait se régaler, en douce, des vices et des échecs des uns et des autres.

mardi 27 avril 2010

#97 – Sous le charme

Il avait des yeux extraordinairement bleus et elle dut faire un effort pour soutenir son regard. Il s’aperçut de son trouble et se contenta de sourire, comme s’il n’était pas mécontent de la séduction opérée sur Madame la Juge.


Pendant quelques huit cent sept secondes, un silence s’établit entre eux, tandis qu’une pensée s’insinua en elle, fit son chemin. Ma parole, je suis folle ! fit-t-elle, murmurant presque, s’ébrouant et se ressaisissant enfin.


Alors que le jet d’eau brûlante de la douche glisse sur son corps, son esprit ne peut chasser une image presqu’aussi brûlante que le liquide qui coule sur elle.

dimanche 18 avril 2010

#89 – Imagination

Et tandis qu’il lui parlait littérature, elle fermait les yeux, se pressait les mains sur le cœur et vivait un avenir sous sa domination.


Dans la journée, Marie repensa plusieurs fois avec plaisir au jeune homme énigmatique qui s’était assis en face d’elle dans le TER après avoir posé longuement un regard sur elle, et échafauda au moins 807 scénarios de mélodrames dont il serait le héros victorieux.


Peter avait trop bu. Elle se méprit et porta cet effet de l’ivresse sur le compte d’un émoi sentimental.

jeudi 8 avril 2010

#79 – Solitude

J’ai consulté mon agenda pour avoir l’air d’un homme normal, avec au moins 807 rendez-vous dans l’année, des invitations, des obligations, une vie privée. En fait, je suis seul au monde, à part mon chat, ma mère et des putes.


Il aurait voulu qu’on passe au salon pour écouter de la musique, de la grande musique. Celle à laquelle il n’avait jamais rien compris, mais dont il pouvait parler comme un mélomane, après avoir appris par cœur les notices glissées dans les pochettes de ses 807 disques.


Tout comme l’opium, l’amour fait partie de ces divertissements qui permettent d’attendre sans angoisse la mort.

lundi 29 mars 2010

#69 – Séduction

Elle avait abandonné ses études, soulagée en cachette d’un fardeau trop lourd pour elle, feignant de se sacrifier pour qu’il puisse achever les siennes.


Elle s’était comportée en amoureuse qui s’attache à ne découvrir en l’autre que ce qui lui plaît. Plus tard, devenue sa femme, elle oublia ce qui l’avait charmée et, devant des défauts autrefois insoupçonnés, maintenant intolérables, s’étonna d’avoir été séduite.


Quand il entendait la voix de Gisèle au téléphone, Yvan était partagé entre deux sentiments contradictoires : l’extase de ne plus vivre avec cette femme et l’horreur d’être, à travers Julien, encore dans sa proximité et même dans son pouvoir, via les 807 €uros de la pension alimentaire de son petit garçon.

dimanche 21 mars 2010

#61 – Faudrait savoir !

Il faut avouer qu’il est difficile, voire impossible, d’exposer ses points de vue sur ce forum. Avec certains manichéens, si vous n’êtes pas totalement pour, vous êtes contre, et si vous manifestez un début de compréhension, vous êtes hypocrite.


Pourvue d’un raisonnement binaire : le oui et le non, le blanc et le noir, le bien et le mal, elle ne pouvait comprendre qu’il y avait des nuances, au moins 807 possibilités. La diversité, quoi !


Quand je me présentais pour un travail, on me disait « Trop jeune ! ». Maintenant on me dit : « À votre âge ! »

mardi 9 mars 2010

#49 – De l'amour

L'être humain n'aspire qu'à la fiction, d'où son attirance pour l'amour.


– Je passe mes journées parmi les singes. Ils font les beaux, ne pensent qu'à baiser tout ce qui bouge, excepté moi ! Je n'en peux plus. Demain, je file ma démission.
– Tu bosses dans un zoo ?
– Presque. Une boîte de services informatiques.


Il attendit le 807e jour de leur histoire pour enfin lui dire qu'il l'aimait. Le jour où, précisément, il était sûr d'en aimer une autre. « Se pourrait-il que mon cœur vive par cycles », se dit-il 807 jours plus tard en enfourchant une Togolaise du boulevard Anatole France.