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samedi 15 janvier 2011

#304 – Entailles

Tout monte comme une vague. Une lame de fond qui part du fond des tripes, dévaste tout sur son passage.
Elle se remplit jusqu’à l’os d’une humeur purulente. L’odeur poisseuse déborde sa tête, sa main crève l’abcès.
Elle ne reconnaît pas cette poupée qui chouine. Elle sent juste, sans la voir, la déformation de sa bouche crispée.
Les mots ne déverrouillent rien.
Elle la pousse.
Rien de grave, rien de méchant.
Juste la détente métallique de son bras, calcifié par une tension forte.
L’enfant bascule.


Maman m’a fait tomber par terre.
Numéro de charme sur les genoux de l’amie de famille.
Dis donc toi, je vais donner le numéro de la DDASS à la petiote !
Elle n’a pas ri.


Elle n’en peut plus de ses successions incompréhensibles d’amour et de méchancetés roides. C’est cela être mère, être toujours submergée. Constater le mal fait. Déjà 807 entailles dans leur histoire commune. Elle ne sait rien faire d’autre. Elle regarde nouée l’enfance scarifiée sur la peau de sa fille.

dimanche 2 mai 2010

#102 – Le pouet pouet

Mais t’es qui toi, pour dire que mes poèmes c’est de la merde, hein ?... Quoi, quoi, mes rimes sont pauvres... comment ça, mes pensées sont molles ?
T’as vu mon blog, hein ? t’as vu mon blog, dis ? J’ai plein de coms, moi mec !
T’as lu mon dernier écrit au moins, Presbyte à la mords-moi-le-nœud... Vicissitudes et grandeurs d’un poète slameur, hein, tu l’as lu celui-là... c’est pas toi qui aurais trouvé un titre pareil, hein ?... t’as lu au moins ce que j’ai mis, Petit chacal insignifiant ! et t’as vu en bas du billet, le chiffre ? J’ai eu 807 coms... pas 1, pas 2, pas 100... 807 ! ça te la coupe hein, monsieur espécialiste des belles phrases.


Fait chier... encore un non ! Putain, faut quoi pour être reconnu... ouais tout le monde a pas la chance de s’appeler Siaudeau Vinau Riet Rimbaud... okkkaaay... j’ai bien compris que c’est une question de syllabes, s’il faut raccourcir son nom pour percer, je le ferai ! Putain, est-ce que c’est ma faute à moi, si je m’appelle Maulekon...


Euh Maulekon... steuplaît... chut... euh... pouet pouet
- Ah ah ! tu t’inclines hein, Sombre ver ! Écoute ça :
Je suis le poète poète
Qui trace son sillon
Et dans ses vers s’immole
Je suis le poète Maule
Je suis le poète Lekon
... ouais, j’ai pas encore tranché sur mon nouveau nom

dimanche 25 avril 2010

#95 – Alice et le lapin

Alice connaît exactement le bruit que fait un corps projeté contre un mur. Et elle peut dire avec exactitude la morphologie des filles qui s’écrasent comme des balles molles dans l’appartement d’à-côté. La grosse a un bruit qui s’étale, la maigre se reconnaît à son cliquetis d’os, la grande, elle, fait vibrer la paroi, de la plinthe au plafond...


Le voisin est un chaud lapin, chaque soir une fille en jupe courte le suit. Elle laisse au petit matin des traînées de patchouli, de rose ou de jasmin dans l’allée du jardin. C’est un beau brun à moustache avec un chapeau noir. Il porte des gants blancs, et fume des cigares. Il répète en boucle « je vais être en rrretard » (avec trois r, car il les roule, œil de braise et air latin).


Chaque nuit le flamand rose, allongé près d’Alice, râle. Il a le sommeil léger.
Des petits halètements, des grognements, et puis des claques.
Des injures, des soupirs, et puis des coups.
Des sons mats, des impacts sourds, et des bruits lourds.
Un voisin joue à la patate qu’on balance du lit. La fille splashe contre le mur et pleure presque sans bruit...
– Alice, s’il te plaît, fais quelque chose... dit l’oiseau en claquant du bec, excédé.
– Chut !!! Écoute les larmes tomber... répond Alice en baisant son cou, de sa langue rose.
Elle compte lentement, le visage niché dans les plumes, les larmes qui s’échouent sur le parquet.
Généralement, quand elle arrive à 807, son flamand ronfle...