dimanche 19 septembre 2010

#192 – Extraction

D'abord il y a l'odeur, une odeur douceâtre qui la prend à la gorge et lui donne la nausée. Puis le bruit. Crissement aigu strident et persistant qui ne cesse que pour mieux repartir, remontant directement des tympans au cerveau, générateur de migraine. Ses jambes sont prises du tremblement incoercible de celle qui les prendrait bien à son cou mais qui reste assise là, triturant entre ses mains moites un journal froissé dont elle relit le même article pour la 807e fois.


La porte s'ouvre. Il entre et en appelle un autre. Ce ne sera pas pour tout de suite. Combien de sursis ? Un quart d'heure ? Plus, moins ? Se fier au bruit qui recommence à lui vriller les oreilles. Le bruit cesse. Elle aperçoit par la fenêtre l'autre qui sort presque en courant, la mine pâle et défaite. Fait appel à toute sa volonté pour ne pas le suivre dans sa fuite éperdue.


La porte s'ouvre à nouveau, le dentiste s'excuse pour le retard et l'invite à le suivre.

samedi 18 septembre 2010

#191 – Soupçons

Ils contrôlaient leur moindre geste, leur moindre parole pour ne pas se trahir, mais ceci ne pouvait durer.


Je discernai dans les regards que François-Xavier adressait à ma femme, le 807e indice d’une admiration qui n’était pas de mon goût. Et comme je les soupçonnais de partager un secret, je cherchai et trouvai dès le début du dîner un moyen qui les empêcherait de se concerter.


Les marques de sympathie de ce type à mon égard sont feintes. Je le sens au plus profond de moi.

vendredi 17 septembre 2010

#190 – Compter

Compter jusqu'à 807, j'y arrive si je veux : brins d'herbe, gros célibataires, petites culottes sur les fils à linge...


Compter le temps qui passe : toute trotteuse m'en décourage...


Compter sur mes amis : c'est un pari à la Pascal...

jeudi 16 septembre 2010

#189 – Chevillardises

Il m'en a fallu des efforts, culinaires d'abord (bière, soda, frites, sucreries, etc.), relationnels ensuite (divorce) pour devenir un personnage de fiction, mais c'est un succès total : le gros célibataire, c'est moi !


Éric Chevillard publie ses romans chez Minuit et ses triptyques autofictifs vers minuit. En va-t-il de même pour sa progéniture ? Sont-elles nées à l'heure où meurt la veille et naît aujourd'hui – ou meurt aujourd'hui et naît demain, c'est selon ? Je l'imagine sans peine demander à sa compagne de ralentir ou d'accélérer le travail d'accouchement dans un souci de cohérence, tout à son honneur. Et les indélicats avortons (mâles ou femelles) nés à 8h07 de refroidir dans le congélateur.


La littérature française est en deuil. Le 12 septembre 2010, alors qu'il se promenait en famille dans les rues de la capitale, l'écrivain Éric Chevillard fut terrassé par une attaque en voyant passer devant lui des milliers (22 006 exactement) de joggueuses en caleçon plus ou moins court. Il venait de croiser le parcours de la Parisienne. Comme il l'annonça le lendemain de sa mort sur son blog, L'Autofictif continue d'égrener chaque jour ses triptyques.

mercredi 15 septembre 2010

#188 – Tristrophie numérale

Ôtons-nous le doute, ô huit-cent-sept,
Et dévêtu montez sur la table ;
Souffrez cette auscultation chiffrable :
Respirez lentement, dites « sept » !


– Puissant et gras de vos huit centaines,
Fessu têtu et fort en bedaine,
Chiffre débonnaire s’il en est,
Ô huit, j’aime votre air satisfait !
Face au zéro, gardons le silence,
Voyez-vous, ce pauvre est tout en panse,
Souffre de sa modeste valeur,
Et jalouse du neuf la hauteur.
Quant au sept si je devais m’asseoir,
C’est bien sur lui que j’aimerais choir,
Et je frémis de poser sur d’autres
Ma fesse craintive à peau d'épeautre.


Or donc tout ici est bien pesé,
Et vous, huit cent sept, en nombre aisé,
Quoi qu’en arithmétique on y fasse,
Jouissez d’une santé coriace !

mardi 14 septembre 2010

#187 – L’art est aisé, la critique difficile

Plus de 807 écrivains emploient sciemment un style âpre afin que les phrases se heurtent. Cela oblige le lecteur à respecter la moindre syllabe. Sinon, l’étoffe craque. Mais la critique aujourd’hui n’a souvent plus oreille, toucher, goût de l'effort. Seule l’occupation d’un territoire braillard file ses ourlets pour enfler ses effets de manche, sous quelques marronniers.


Le critique lit. Celui qui se dit critique cherche le livre qu'il voudrait lire.
Le critique cherche la porte d'entrée pour pénétrer la maison. S'il ne la trouve pas, il va voir ailleurs.
Celui qui se dit critique passe par la fenêtre comme un voyou et trouve la porte décidément mal foutue. Il ne se prive pas de le dire, trop souvent à mon goût.


Le lecteur qui voudrait être écrivain a pondu un morceau de bravoure fort lâche, d’où s’échappe une méconnaissance du monde que l’artiste habite. Au final, le procès d’une fable qui ne le concerne pas. L'écrivain ferme tranquillement ses volets, remonte voluptueusement les draps dans lesquels il se glisse. Jouissance silencieuse, sommeil de Juste. Toujours avoir le bon regard pour rester sourd.

lundi 13 septembre 2010

#186 – Géographie amoureuse

Du haut de mon lit, je vois des traînées de couleurs ensanglanter le ciel.


Je rêvasse... glisse doucement dans une torpeur bienfaisante, emprunte les canalisations de ma mémoire.


À Lyon je flâne sur les quais du Rhône
À Buenos Aires je te rejoins dans le train à grande vitesse
Nous marchons dans les rues de Bamako
Je te perds dans la foule de Mexico
Tu me retrouves à Valparaiso
Je te surprends à Bilbao
Je t’aime à Toronto
J’ai le vague à l’âme à Panama
Tu ne me dis rien à Trafalgar
Nos regards se suspendent à Chandigarh
Ton angoisse m’étreint à Nouméa
Je trébuche à Calcutta
Je cueille 807 colchiques au lac Baïkal
À la station Goncourt l’été s’éteint

dimanche 12 septembre 2010

#185 – Féérie en mode dondon

À l'orée d'une merveilleuse forêt, non loin d'un palais idoine, vivent 8 fées dans la grâce et les hormones. 8, comme le nombre infini verticalisé. Les 8 fées dondons ouïrent dire qu'une princesse venait d'être mise bas. Et si nous allions à son baptême ? s'exclame Etaina ? Quelle belle idée, rebondit Carabosse malgré ses rhumatismes. Or, ce matin là, Or est infortunément en proie à une crise de magie, trop de température : Je préfère rester. Gracieusement, les autres lui claquent la bise et s'envolent en se dandinant vers l'Est.


Le commentateur officiel : La plus jeune des fées a un cerveau d'invertébré. C'est Fery, qui offre actuellement à la princesse le don de la plus belle apparence du monde. Celle d'après, celle qui sait judicieusement quand il faut adopter la posture « queue-entre-les-jambes » en signe de soumission, Cuivra enchante la princesse du don l'esprit. La troisième, Plombie, lui fait cadeau d'avoir de la grâce, et après se précipite au bar, me dit-on, pour commander un double expresso. La quatrième, celle qui règle tous les matins sa montre, Etaina déclame : Tu danseras à la perfection. Mercura, qui a la capacité de voir les objets en multidimension, libérés de l'espace-temps euclidien, et qui lance sur orbite des stations orbitales, Mercura gratifie la princesse du don de chanter comme un rossignol. Argentée lui donne le sort de jouer virtuosement de tous les instruments. Chacune prend place à la royale table ; on a mis devant chacune d’elles un couvert dans un étui d’or massif (dont un couteau garni de diamants et de rubis). Magnifique ! Et voilà qu’entre Carabosse, incroyable, c'est bien Carabosse que roi, reine et peuple croyaient morte ou enchantée ! Stupéfaction, visages cramoisis ! Incident diplomatique : on n’attendait plus Carabosse. Le roi lui fait donner un couvert sans étui massif. La vieille croit qu’on la méprise, grommelle des menaces entre les dents qui lui restent ! À vous Cognacq-Jay.


À quelques lieux à l'Ouest, Or frissonne fort sous sa couette. Quel augure maléfique. Ce n'est pas la fièvre, elle le sait. À cet instant, être huit sans sept et c'est l'ordre du monde qui s'altère. Quant à l’histoire de la princesse, elle ne fait que commencer, avec d’autres trucs à coucher dehors et aussi un rouet...

samedi 11 septembre 2010

#184 – Colloque Paul Valéry

Nulle part Paul Valéry ne nous dit combien de fois la marquise sortit à 5 heures.


Quant à l’heure de son retour, personne ne semble en mesure de l’indiquer, même de manière approximative.


Un cliché retrouvé récemment dans les archives de l’auteur permet en revanche d’affirmer avec certitude qu’elle habitait au 807.

vendredi 10 septembre 2010

#183 – Malédiction familiale (3/3) : Élise V

Les enfants d’Élise ont eu des enfants, qui ont eu des enfants, qui etc. etc. Élise a fini par oublier Alphonse. Puis par laisser la place. Mais tous les enfants de toutes les générations étaient là, à courir sur le gazon et à se chamailler, gourmands, vindicatifs et stupides, désobéissants et cons. Mais vivants. Il y en avait partout. Pourtant, on leur avait bien dit : Attention au croquemitaine. Il va vous manger. Restez près de moi, ne vous éloignez pas ! Et des hommes sont venus. Des grands. Avec des mains énormes. Il faisait beau et doux soleil. C’était la saison de la pêche. Ils ont dit : Oh, la belle ! Oh, la belle, en les voyant à dormir sur la berge. C’était mieux que des poissons. Et ils en ont emporté une, puis une autre, puis... Que des mères, qui devaient enfanter. Car l’homme est ainsi fait qu’il emporte ce qui lui fait désir. Et puis, il y a eu les chiens du voisinage, qu’ont fait le reste. Elles étaient si faciles à cueillir, ainsi couchées sur la berge. Et, les femmes, depuis toujours, ça meurt en couche, tout le monde sait ça.


Alors, n’est plus resté que des mecs. Et Élise. Élise V ou VI. Personne ne sait plus trop, depuis le temps. Et on s’en fout. De jolis yeux d’égyptienne, un cul provoquant. À toujours frétiller. Elle plaît. Pourtant, Élise aimerait tellement qu’on lui foute la paix ! Des mômes, elle en a déjà bien assez faits, pour la communauté. Y avait qu’à pas les laisser dévorer. Les pères, ils auraient pu surveiller, mais toujours qu’à se pavaner. Et le monde est si plein de dangers. C’est pas elle seule qui va pouvoir la repeupler, la planète ! Elle seule, si tranquille à se balader entre les herbes indifférentes. À jouir du bon soleil de fin d’hiver et tout ce qu’elle aime. Et soudain, ça recommence ! Les voilà ! Tous sur elle. En réunion. Tous. Et la pitié, c’est quoi ? À moi, à moi, je la veux ! Un viol immonde. À moi, c’est moi le plus fort ! Prends donc, sale con, tu l’auras pas ! Et coup sur coup, entre eux, à se chamailler et à tous se la rendre, la méchanceté. De vrais durs. Arrogants. Tous pareils. À y laisser des plumes. Mais entêtés. Que des rustiques. Et qui c’est qui trinque ? L’enfant, de la berge, regarde. Élise appelle, Élise crie. L’enfant ne peut rien pour elle. Il voudrait bien, mais il est trop loin, et la barque a coulé. C’est pas une vie, qu’elle se dit Élise, d’être la seule femme ici. Non, pas une vie. Et elle appelle, et elle appelle… Pourquoi qu’on lui fiche pas la paix ? L’étang serait paisible, pourtant, s’il n’y avait pas tous ces salauds. L’enfant se dit : Cette fois, c’est pas de ma faute. Et ça le rassure, un peu. Mais s’il y a besoin, tout de même, il l’emmènera sur l’île, il ira à la nage.


Mais Élise n’est pas morte encore. Elle se débat et lutte, vaillante comme son arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère, la première du nom, et ils ne l’auront pas. Au secours ! Au secours ! Elle appelle. 807 fois, elle appelle : coin-coin, coin-coin, coin-coin... 807 coin-coin. Et tous les voisins en ont plein les oreilles. Feraient mieux de les manger tous, qu’ils se répètent entre eux, en hochant la tête. 807 fois au moins ils ont dû la hocher. Les canards c’est si bon à manger.

jeudi 9 septembre 2010

#182 – Vertige

Cela faisait des heures qu'elle était plantée là, au bord de cette falaise, à compter les vagues qui s'écrasaient en contrebas.


Elle avait le vertige, le vrai, celui qui vous prend aux tripes, qui vous paralyse de terreur tout en vous attirant inexorablement vers le vide.


À la 807e vague, elle sauta.

mercredi 8 septembre 2010

#181 – Bûcher vivant

Je suis morte dans une prison iraquienne. Mes geôliers m’ont forcée à me mettre à quatre pattes. Puis ils m’ont violée, les uns après les autres, presque méthodiquement. Je criais de douleur, et eux hurlaient traînée, sale chienne, tu as ce que tu mérites. Je ne sais plus combien ils étaient, mais cela me paraissait interminable, alors, pour m’isoler, j’ai commencé à compter les secondes.


Ils sont tous passés mais n’en avaient pas fini avec moi. Ils se sont mis à me frapper avec une barre en fer. Je me suis recroquevillée pour me protéger, le sang coulait sur mon corps, douleur insupportable, je continuais à compter, et ils continuaient à frapper, alternant barre et coups de pied. Mon arcade sourcilière a explosé, je ne voyais plus rien.


Le son d’une porte qui claque puis un liquide chaud. Je pensais qu’ils s’étaient mis à uriner sur moi. L’odeur étouffante de l’essence suivie d’un claquement sec a précédé la douleur atroce et démoniaque. J’étais en train de cramer vivante, j’en étais à ma 807e seconde !

mardi 7 septembre 2010

#180 – Obsession

Nous autres auteurs bénévoles des 807 restons à part des auteurs rémunérés. Nous changeons de trottoir si l'un d'eux approche, nous déménageons si l'un d'eux s'installe dans notre ville, nous allons en librairie le lendemain de sa signature. Nous ne cherchons pas à tout prix à les voir dans leur quartier pour leur parler de nos piètres fonds de tiroirs, ni pour les voir compter les brins d'herbes de leur pelouse. Autre chose qui nous sépare définitivement d'eux, c'est que nous tenons à acheter nous-mêmes un exemplaire de notre propre livre que, par ailleurs, la bibliothèque nationale ignore complètement.


Alors comme ça, tu pensais échapper à la bérézina papier ? « Nous avons respecté le choix d'un auteur de ne pas figurer dans le livre. » Tu as certes réussi, mais ton nom sera cité : Laurence !


Au guichet, on lui demande son nom, il répond « Éric Chevillard ». Sous la casquette, regard interrogateur. « La carte d'identité n'indique pas cela Monsieur... » Il rectifie, l'autre sourit, puis rit franchement : « Ah... ces 807, ah ! ah ! »

lundi 6 septembre 2010

#179 – Malédiction familiale (2/3) : Alphonse II

Il y a eu Alphonse II. On lui a donné une femme, Élise. Une jolie petite, et vaillante. On l’avait nommée ainsi à cause de sa voix et de la lettre si bien connue qui porte son nom. Élise a fait bien vite tout plein de tout petits minots, filles et garçons. Tous solides et tous beaux. On les voyait courir sur le gazon et patauger dans l’eau, hardi petit, à faire tout plein de saletés. Un plaisir, de les voir. La vie partout.


Mais un jour, allez savoir pourquoi, l’enfant a voulu rire un peu. S’amuser. « Alphonse, Alphonse », il a appelé. C’est qu’il l’aimait son Alphonse II, tout comme il avait aimé l’autre, le premier. Alphonse à la voix de l’enfant, a tourné la tête. Ce n’était pourtant qu’une carabine de gosse, absolument sans danger, surtout sur un corps où tout glisse, tout le monde sait ça. Mais Alphonse a baissé la tête à ce moment-là. Et toc ! En plein dedans ! Tout près de l’œil. Et Plop ! Alphonse est tombé d’un coup, sur le côté. L’enfant l’a mis dans la barque et jusqu’à l’île l’a mené, blanc, de douleur et de rage. Derrière lui, Élise suivait à la nage. Et elle pleurait. De toute la force de son corps, elle pleurait. Elle avait donné des coups à Alphonse, des petits coups d’amour, partout sur son corps : Réveille-toi, Alphonse, réveille-toi, j’ai besoin de toi, Alphonse, je t’aime, Alphonse. Car elle l’aimait. Mais rien.


Élise est restée longtemps, dressée sur la tombe, à gueuler son deuil vers le ciel. Le cou tendu vers les étoiles : 807 étoiles, et la lune aussi seule qu’elle, là-haut. Un jour et une nuit, au moins, à crier sa peine. Et ça vous broyait les entrailles, de l’entendre. L’enfant n’a entendu que ça, de son lit. Et il se rappelait la corde d’Alphonse le 1er. Et le coup de carabine, pour rire. Et l’enfant avait mal, et l’enfant avait honte. Tout ça, c’est sa faute.

dimanche 5 septembre 2010

#178 – Tronche de bitume

Regard tourné en dedans, il rit aux passants qui esquivent son matelas barrant le trottoir. Tchin ! Lève sa boîte de conserve pour trinquer à leur santé, bras en étendard, oeil hagard. Une vie qui rouille dans la rue, déborde des sacs empilés par terre : des chiffons noués aux grilles de la résidence, une poupée, les restes d’un repas, des couvertures en pagaille, une radio pour les nouvelles. Un fatras d’objets. Quatre mètres carrés pour écouler toute sa déveine, à ciel ouvert en plein Paris. Le cul entre deux voitures où il s’accroupit, le pantalon aux chevilles laisse apparaître des jambes maigres, des bâtons. Il grogne en m’apercevant, maugrée des mots inaudibles. Se relève, retrouve son matelas et rempile pour quelques heures de sommeil.


Tous les jours, le même trajet : sortie métro Pasteur, puis rue Dutot sur huit cents mètres. À mi-chemin, matin et soir, je croise cet homme au bord de la résidence : sourire aux lèvres, un ange de bitume.


Au 807e matin, la clé sous le matelas. Une tâche d’eau béante sur le trottoir et les chiffons dans le caniveau. Des camions déchargent du sable, les grilles sont démantelées, les ouvriers montent un échafaudage. La résidence se refait une beauté.

samedi 4 septembre 2010

#177 – Est-ce que c'est du vécu ton texte ?

– Pour la peine, écrivons un 807.
Autour de la table, les gens écrivent. L'animatrice rousse demande :
– Qui veut lire ?
Vincent lit son premier jet, puis les autres, on arrive à Miette, elle regarde sa feuille longtemps et ouvre la bouche :
– Bon ben, ça y est... j'suis la dernière, faut absolument que je lise ?


– Comme tu veux. Si tu le sens. On est là pour t'écouter.


– Bon ben... je vais essayer, je ne suis pas sûre que ça compte, euh je vais lire, enfin un début... mais c'est pas une histoire vraie, je voudrais bien un jour faire l'histoire de mon enfance, essayer un bout, si j'peux... C'est ça, une autobiographie, non ? Mais je ne m'en sens pas coupable, capable désolée, j'espère un jour y arriver, il n'est pas fini mon texte, suis pas très contente de ce que j'ai écris là... c'est pas que c'est un mauvais souvenir, mais vous, vous écrivez tous tellement bien. Comme ça, ça coule, vous réfléchissez tellement pas. Alors moi, que ça me prend la tête. Dans ce truc, enfin je vous demande d'être indulgents, c'est une première ébauche… je ne sais pas comment vous faites pour écrire du premier coup… je vais lire, euh enfin, je vais essayer... mais y aura des trous.

vendredi 3 septembre 2010

#176 – Odieuse Odyssée

Certes, Ulysse est un valeureux héros. Il ne s’agit pas ici d’en douter. Seulement se demander ce qui se serait passé, à son retour, s’il avait eu à combattre non pas 106 prétendants mais 807 ?


On en fait des tonnes au sujet de son chien le reconnaissant après tant d’années et lui faisant fête... Mais le cabot ne s’était-il pas la veille au soir repu des os que lui jetaient les prétendants ?


À vérifier : Télémaque serait à l’origine du Minitel rose.

jeudi 2 septembre 2010

#175 – Malédiction familiale (1/3) : Alphonse

On l’a retrouvé cravaté. Meurtre ou suicide ? Un beau mec, dommage. Son cou amaigri par la torsion gisait dans les herbes. Étranglé ou noyé ? Sale vie qu’une vie qui s’achève de la sorte. Autour de son cadavre, les algues, inconscientes, dansaient. Le monde est indifférent à la misère des êtres.


On a enterré Alphonse sur l’île, au cœur de l’étang, là où il aimait tant à vaquer.


La mère a dit : Je t’avais bien dit. Le père a dit : C’était pas très malin aussi, de lui mettre une corde au cou. L’enfant, qui se savait coupable, a dit : je croyais... Je ne savais pas... J’ai pensé... Mais Alphonse est mort. Et l’enfant, qui l’aimait beaucoup, pleure. 807 larmes de remords sur son visage.

mercredi 1 septembre 2010

#174 – Le loto

J'ai beau tenter de frapper à l'huis sans sept, puisque le chiffre « 7 » s'est décollé de sa porte, personne ne répond. Je sais que se terre ici, en son antre sombre, seul dans sa folie, Louis Sunset, ce vieux flic de la Nouvelle Orléans, atteint d'une crise de paranoïa aiguë, provoquée par un certain Ali Mag qui l'a poussé à extraire de sa vie les récits les plus sanglants vécus dans le Bayou. Je frappe à sa porte, inquiète déjà. Il n'est pas venu depuis dix jours, partager son whisky avec moi, comme il le fait chaque fois qu'il a le blues, c'est-à-dire un soir sur deux. Il ne répond pas. Où est-il donc ? Je descends les trois marches de son sous-sol qui me nargue avec un soupirail à demi fermé par les toiles d'araignée.


Je pousse la porte branlante, je finis par pénétrer dans un capharnaüm digne d'une vente aux enchères ou s'entassent les souvenirs de toute une vie : machine à tisser, raton-laveur empaillé, vélo cabossé, passoire sans trou, ressorts, ferrailles, vieux livres décollés, poupée écartelée, soc de charrue rouillé, jambe mécanique datant de la guerre de 14, mais au fait... voilà un indice : 14 c'est deux fois sept, non ? En farfouillant dans l'amoncellement surréaliste avec cet objet long et rose, comme si c'était une baguette magique géante, je tombe sur la boîte éventrée d'un jeu de loto aux cartes écornées que l'humidité fait pâlir. Il y a bien un huit, un vingt-huit et un trente-huit mais il n'y a pas de sept, de dix-sept, ni de vingt-sept. Cette suite de huit sans sept me fait penser à une vie interrompue par un malheur inéducable, comme une table des dix commandements où ces deux chiffres auraient été désagrégés par la foudre du malheur. Je sais déjà ce que je vais trouver dans la pénombre...


Louis s'est pendu. Il se balance au dessus de tout cet attirail sordide, comme un point d'exclamation sinistre à ce sinistre inventaire à la Prévert. Il est pieds-nus, derrière son huis, sans sept et sans chaussette, pour l'éternité.

dimanche 11 juillet 2010

#173 – Pause

Ma princesse, faisons une pause, veux-tu ? C'est trop d'amour, vois-tu. Trop de sexe aussi, comprends-tu ? Tu m'étouffes. Tu ne penses qu'à toi. Tu te moques bien de ce que je peux ressentir. Tu veux gérer ma vie à ma place. Tu décides même de la marque de ma mousse à raser. Tu...


Elle n'a pas attendu 807 tu avant d'enfoncer le couteau dans le cœur de son amant en lui murmurant je te tue.


Sans couteau et sans larmes, les 807 commencent leur pause estivale.

samedi 10 juillet 2010

#172 – Tromperies réciproques

Quand l’un employait son énergie au bien-être de la famille, l’autre rêvait d’aventures de nuits lointaines, de départs pour 807 royaumes fabuleux... Et pourtant, ils continuaient à vivre dans ce no man’s land mutique et asexué où ils élevaient leurs enfants, regardaient la TV, partaient en vacances et achetaient des automobiles familiales à crédit.


C’était leur souci constant de ne pas se causer de soucis l’un à l’autre. Soit qu’ils s’inclinaient devant la médiocrité de leur existence, soit par paresse ou les deux à la fois.


Elle se surprenait à soulever le couvercle de la poubelle de la cuisine pour compter les canettes vides, tandis que, de la salle de séjour, il tendait l’oreille pour l’entendre procéder à cette inspection.

vendredi 9 juillet 2010

#171 – Le jour où tout commence

Celle-là, c'est la dernière... Celle que j'ai foulée en regardant s'effacer ton bolide, mon corps en combustion dans un nuage de particules, celle que j'ai noyée au torrent d'un été caniculaire, un soir d'étoiles filantes, minuscules créatures piquant la nuit de leurs feux, celle qui m'est tombée des lèvres un matin toussoteux quand j'accrochais mes jambes au métro aérien, celle de trop de nuits blanches à poursuivre des ombres... paix à leurs âmes.


J'ai déjà grillé 807 cartouches. C'est la der des ders. Demain j'arrête.


Adieu sèche, clope, tige, grillante, bout doré, goldo, cibiche, piquette, blonde, cancerette, bige...

jeudi 8 juillet 2010

#170 – Les droits du caillou

Article 1 : tout caillou découvert sur la Terre sera par essence appelé caillou, du simple fait d’avoir été reconnu comme tel, et ce sans considération d’origine, de couleur, de compétence, de possessions – voire de présence ou non dans une instance muséale, fût-ce-t-elle à visée didactique ou culturelle –, voire même de propension à un devenir auquel il pourrait prétendre.


Article 2 : tout caillou est déclaré libre d’être un caillou et de se projeter ainsi dans l’avenir, quelles que soient les constructions dans lesquelles d’autres que lui l’impliquent, avec ou sans son vouloir. [...] quel que soit son degré de réflexion par rapport au monde comme il va [...] quelles que soient les charges formulées contre lui par un tribunal s’érigent comme tel [...] et quelles que soient les questions que certains parlants proféreraient pour essayer de faire accroire qu’il n’est pas vraiment un caillou, au rebours de ce que sa nature pourtant démontre. [...]


Article 807 : tout caillou, au vu de ces articles, s’engage à défendre toute cause faisant preuve d’un certain degré de cohérence et donc de défendre l’homme, ne serait-ce que parce que lui, l’homme, a causé dessus. Cette disposition ne possède toutefois pas de caractère obligatoire.

mercredi 7 juillet 2010

#169 – 807 secondes pour un discours

Le prix Chevillard 2009 du meilleur site de 807 est décerné aux 807 pour les 807.


Le prix Garot du meilleur inspirateur de pastiche 2009-2010 est remis à Alexandre Jardin pour avoir inspiré l'Autofictif d'Éric Chevillard, qui a écrit ici son goût immodéré de l'œuvre solaire du père d'Alexandre Rivière.


Pour l'année 2010, les sites de 807 sont priés de s'inscrire dès maintenant et jusqu'au 31 décembre pour la remise des prix qui aura lieu lors de la saison prochaine des 807.

mardi 6 juillet 2010

#168 – Journal intime

Après le départ de N., m’être demandé à plusieurs reprises : un « tiens bon » vaut-il mieux que deux « tu l’auras ma main dans ta gueule » ?


807 fois tourné ma langue dans ma bouche. Puis bu un grand verre d’eau.


Aujourd’hui, rien. Tout comme hier.

lundi 5 juillet 2010

#167 – Mathesis universalis

L’imperfection de la création torture Jean-Rémy, qui ne peut imaginer des séries que parallèles et complètes ; peu importe d’ailleurs le nombre : 24 ou 26, 31 ou 36, Jean-Rémy est prêt à tout. Mais surtout, surtout mon Dieu, autant de dents dans la bouche de l’homme que de cantons dans la Confédération helvétique, de jours dans le mois que de lettres dans l’alphabet.


Si la découverte d’un mille-pattes n’en possédant que 807 a secoué il y a une année, on s’en souvient, la communauté des savants, celle récente d’un parterre de millepertuis aux feuilles perforées 403 fois seulement a mis en ébullition celle des botanistes. Ne parlons pas des pâtissiers qui sont au taquet avec leurs mille-feuilles auxquels plus personne ne croit et qui n’ont pas hésité à faire appel à la crème des avocats pour répondre aux plaintes qui affluent.


Sandra m’annonce fièrement que Lili sait compter jusqu’à cinq : Lili se prépare, Lili surveille sa main gauche grand ouverte, jette un coup d’œil à sa main droite avant d’appliquer chacun des doigts de la seconde à ceux de la première. Bien vu Lili, mais comment sais-tu qu’il y a cinq doigts dans ta seconde main ? Lili lève la tête, me considère incrédule, hésite, regarde successivement son pied gauche et son pied droit, soigneusement, Lili est prise de vertige, hésite encore, se penche, résiste, le temps passe. Lili sourit enfin, elle ne fera pas le pas suivant : c’est fait, Lili sait compter mais Lili ne sera pas contorsionniste.

dimanche 4 juillet 2010

#166 – Dans le fond

Ceux qui, recouverts de poussières noires dans un effort éclairé à la torche, redoutent explosions et effondrements et qui progressent dans des goulots creusés au fur et à mesure, qui ballottés dans quelques rares courants d’air, gagnent du terrain après chavirements et dérives boueuses ; ceux-là, ne se souviennent plus de la destination finale quand /mur de granit/ ils échouent.


Qui descendent encore de 807 centimètres.


Quand soi-même, on redoute les extractions dentaires ou de mémoire.

samedi 3 juillet 2010

#165 – Mépris

Leur caractère superficiel et leur insensibilité lui répugnaient tant qu’il avait envie de se cacher dans un trou quand il les voyait arriver de loin.


Pourtant, aucune n’accordait la moindre importance à l’homme en vareuse qui binait les herbes folles ou portait des cageots. Pour peu, ces femmes élégantes se seraient dénudées 807 fois devant lui, surprises qu’une telle créature puisse avoir des yeux pour voir et des oreilles pour écouter.


Il savait ce qu’on pensait de lui et ça lui était égal. Il avait connu huit cent sept malheurs et s’était noyé dedans.

vendredi 2 juillet 2010

#164 – En homophonie

Elle a ouvert la fenêtre, et ils sont là, dans la ruelle, à l’ombre du catalpa. Elle, sa robe blanche. Lui, censé travailler, rentrer tard, penché sur ses cheveux, qui chuchote des choses.


Allez, vas-y, à elle aussi dis-lui, « sens cette fleur, le parfum de notre amour » (il te l’a faite, celle-là, sous le même arbre et, l’honnêteté veut qu’on l’admette, ça pue, le catalpa, mais tu n’avais rien osé dire).


Elle cesse de l’aimer. Oui, tout de suite. Aujourd’hui. Sans cette histoire, elle aurait continué. Ou peut-être pas. Mais c’est ce qui est agréable, avec la colère. On définit les contours, on cisaille. On se libère du piège, renard qui se dévore la patte. Et on part en boitant.

jeudi 1 juillet 2010

#163 – Arc-en-ciel

Elle m'envoie un arc-en-ciel à chaque fois qu'elle est heureuse. C'est dire comme je bénis les jours de pluie.


Elle vit quelque part au-delà de l'arc-en-ciel. J'aimerais parcourir les kilomètres qui nous séparent, je me rêve oiseau – oie, cigogne – alors que je ne suis qu'un petit moineau.


À partir du 18 août 2010, et ce pendant 807 jours, il se vendra quotidiennement 807 exemplaires de CosmoZ. Et c'est autant de fois que Claro croira entendre la voix de Judy Garland lui fredonner que somouère oveur voeu rêne beau...